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VEILLER ET RESISTER

Par Heinz Suter










Danger de mort
Si vous mettez une grenouille dans un récipient rempli d’eau à température ambiante, elle barbotera joyeusement. Si maintenant vous chauffez lentement le tout, la grenouille ne s’en apercevra pas et continuera à s’ébattre. Elle finira par mourir dans l’eau bouillante sans s’être rendu compte du danger qui l’a emportée. C’est une caractéristique des animaux à sang froid, dont font partie les batraciens.

A la manière de cette grenouille, il y a des dangers qui nous menacent. Et si nous n’y prêtons pas attention, nous risquons la mort spirituelle.

Notre monde — occidental en particulier — est marqué de plus en plus par la richesse, le bien-être, le confort et la facilité. Toutes ces choses n’ont rien de mal en soi. Paul dans son épître à Timothée dit «… Dieu a créé toutes choses pour que les croyants en jouissent avec reconnaissance » (1 Tim. 4 : 3 voir aussi 1 Tim 6 :17).

Nous pouvons donc apprendre à apprécier les bonnes choses dont nous jouissons et les recevoir avec une authentique reconnaissance. Nous devons toutefois réaliser que l’abondance, les biens matériels et le confort sont aussi un danger et peuvent devenir un piège fatal. Car ils ont tendance à nous rendre insensibles aux réalités spirituelles. Ces privilèges exercent sur nous une pression qui tend à nous assoupir et nous endormir. Au lieu de considérer les plaisirs légitimes comme autant de moments privilégiés qui émaillent notre vie, dont le but est de servir et d’honorer Dieu, la société de consommation et de loisirs dans laquelle nous vivons nous pousse à rechercher le plaisir comme l’objectif prioritaire de notre existence. Nous sommes entraînés par ce courant et nous avons de la peine à nous rendre compte à quel point cela nous remplit et parfois étouffe la vie de Jésus en nous.

Avertissement
Dans la parabole du semeur (Luc 8) Jésus explique à ses disciples que la semence qui est tombée parmi les épines, après avoir bien germé et commencé à pousser, a été étouffée par les ronces, qu’elle a disparu et n’a rien donné. Il précise que ces ronces, ce sont précisément les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie (Luc 8 : 14). Nous appliquons généralement cette parabole à l’évangélisation et aux différents terrains qui représentent le coeur des auditeurs. Or, l’avertissement de Jésus s’adresse dans deux cas à ceux qui ont accueilli la parole, en qui elle a germé et poussé. Seulement ils n’ont pas pris garde aux dangers qui la menaçaient et qui l’ont finalement brûlée ou étouffée. C’est à nous croyants que cette parabole est adressée et nous ferions bien d’y prêter attention. En d’autres termes, nous devons ouvrir nos yeux sur le danger que représente pour notre foi, le monde matérialiste et hédoniste avec tout son cortège. De plus, la société occidentale qui domine est non seulement caractérisée par la recherche du confort, le bien-être, les plaisirs etc. mais également par un rejet de toute référence à Dieu, de sorte que nous sommes entraînés par un double courant (consommateur et athée), qui tend à asphyxier notre foi.

D’où aussi certainement l’avertissement de Jésus « Prenez garde à vous-mêmes pour que vos esprits ne s’alourdissent pas à force de trop bien manger, de trop boire et de vous tracasser pour les choses de la vie, sinon ce grand jour vous surprendra tout à coup. » (Luc 21 : 34).

Prière et vigilance
Dans le jardin de Gethsémané, alors que Jésus affronte la tristesse et l’angoisse de la mort, il exhorte ses disciples à veiller. Mais, quand il revient, il les trouve endormis. Il leur dit alors «Veillez et priez pour ne pas céder à la tentation. L’esprit de l’homme est plein de bonnes intentions, mais la nature humaine est bien faible. » (Mat. 26 : 41).
Jésus lutte encore, seul. Les disciples eux dorment toujours ! Arrive alors la foule avec Judas, armée de gourdins. Jésus est arrêté, et tous les disciples s’enfuient… quelques heures plus tard Pierre reniera son maître. S’ils avaient prié au lieu de dormir, auraient-ils eu la force de ne pas s’enfuir, et Pierre aurait-il eu le courage de ne pas renier son Maître? Peut-être bien… !

Il y a de toute évidence un lien entre notre vie de prière et notre capacité à résister à la tentation. La vigilance consiste à ne pas nous laisser emporter par le courant de la mort spirituelle. La vigilance nous conduira à maintenir la flamme de notre vie de prière, et la prière personnelle régulière nous aidera à rester vigilants dans notre foi et ne pas nous laisser assoupir.

«Ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez » conclut Jésus dans son discours sur la fin des temps. (Marc 13 : 37)

Voir le danger qui nous guette est la première chose nécessaire pour être en mesure de l’éviter. Sommes-nous conscients de la pression qu’exercent sur nous le système de ce monde et l’esprit de ce siècle pour étouffer, paralyser ou tuer notre vie en Jésus ?

Si oui, quelles mesures prenons-nous pour ne pas nous laisser emporter mais rester vivants et alertes ?

On raconte que Charles Lindberg aux commandes de l’avion avec lequel il tentait la première traversée de l’Atlantique était tellement fatigué après des heures et des heures de vol, qu’il sentait ses yeux se fermer et qu’il allait s’endormir. Il savait aussi que s’il cédait au sommeil ce serait pour lui la mort certaine. Aussi, pour rester réveillé, il se lançait du café dans les yeux.

Et nous que faisons-nous pour éviter l’assoupissement spirituel ? Si c’est à chacun de trouver les moyens qui lui sont propres pour rester éveillé et animé d’une foi vivante, j’aimerais proposer deux pistes qui peuvent nous aider.

1. ­ La discipline personnelle
Elle n’est pas à la mode, la tendance actuelle est au spontané et au rejet de toute structure, tout cadre et toute contrainte. La discipline personnelle ­ qui devrait caractériser le vrai disciple de Jésus ­ sera pour nous un gardefou précieux. En réaction au légalisme qui prévalait dans beaucoup d’églises, les chrétiens qui désirent la liberté et l’authenticité sont malheureusement souvent emportés dans l’autre extrême c’est-à-dire l’absence de règles et de normes, le refus de l’autorité et souvent le laisser-aller et le laxisme. Entre les deux, il y a un juste milieu qui s’appelle la discipline personnelle. Celle-ci fait partie de la vision chrétienne et biblique de la vie.

Il y a bien sûr la discipline de la lecture de la Bible, la méditation, la prière et la communion fraternelle. Elles sont une base qui doit être établie puis fidèlement cultivée et maintenue. Mais le disciple de Jésus ne se contentera pas de cela, il se donnera un cadre et une ligne de conduite dans les différents aspects de l’existence afin d’avoir une vie équilibrée qui honore Dieu. Paul en parlant de la grâce de Dieu exhorte Tite et lui dit : «Elle nous éduque et nous amène à nous détourner de tout mépris de Dieu et à rejeter les passions des gens de ce monde. Ainsi nous pourrons mener, dans le temps présent, une vie équilibrée, juste et pleine de respect pour Dieu. » Tite 2 : 12

Ainsi la discipline personnelle touchera aussi l’emploi de notre temps, en particulier du temps libre, de nos talents, de l’argent. Elle touchera à la manière d’utiliser notre corps, au repos, à notre rapport à la nourriture, à la boisson etc. et nous amènera donc à poser des limites, se donner un cadre et à développer de saines habitudes.

L’apôtre Paul prend l’exemple du sportif qu’il s’est appliqué à lui-même : « Tous les athlètes s’imposent une discipline sévère dans tous les domaines… Je traite durement mon corps, je le maîtrise sévèrement, de peur qu’après avoir proclamé la Bonne Nouvelle aux autres, je ne me trouve moi-même disqualifié. » (1 Cor 9 : 25) Comme le lit d’une rivière permet à l’eau de couler, ainsi la discipline n’est pas la vie mais elle permet à la vie de couler.

2. ­ La communion au sein d’un groupe de prière
Vous admirez un feu qui brûle dans la cheminée. Des bûches qui le forment montent de magnifiques flammes claires. La lumière et la chaleur se répandent dans la pièce. Maintenant si vous séparez les bûches les unes des autres, les flammes meurent et le feu s’éteint. Une bûche seule ne peut pas brûler.

Nous sommes le corps de Christ et nous avons besoin d’être reliés aux autres pour être cet organisme vivant. Paul précise que nous sommes membres les uns des autres. «De même, nous formons ensemble un seul corps par notre union avec le Christ, et nous 4 sommes tous, et chacun pour sa part, membres les uns des autres. » (Rom 12 : 5)

Nous ne sommes pas appelés à vivre seuls notre foi, séparés des autres. Car comme pour le bois dans le feu, nous risquons de nous éteindre. Au contraire nous avons besoin des autres pour alimenter notre flamme tout comme nous, nous allons nourrir celle des autres.

Une cellule ou un groupe de partage et de prière sont un lieu idéal pour cela. C’est là que je peux être connecté aux autres et que ma foi encouragera celle des autres et vice-versa. L’Evangile est essentiellement une question de relation. Une relation restaurée avec le Créateur, puis des relations vraies et harmonieuses avec les autres, et aussi une nouvelle relation avec moi-même. Dans un petit groupe, je suis en relation car je peux donner et recevoir de manière personnelle. La vie peut couler des uns vers les autres, parce que nous pouvons nous exprimer, nous nous connaissons. Nous partageons et nous prions ensemble.

La dynamique d’une cellule offre des avantages qu’un grand rassemblement peut difficilement produire.

En voici quelques-uns :

• Encouragement et stimulation réciproques : le partage et l’écoute de nos questions, de nos joies, de nos expériences, de nos difficultés accompagnés de prière nous stimulent à persévérer dans notre marche avec Dieu.

• Protection : le fait que je rencontre régulièrement des personnes qui me connaissent et s’intéressent à moi, se soucient de moi, me demandent des nouvelles… est pour moi une protection.

• Soutien et amour fraternel : lorsque l’un des membres passe par une épreuve ou une difficulté, le groupe peut lui apporter aide et soutien. L’amour fraternel peut s’exprimer et se vivre de manière concrète.

• Croissance personnelle : la transformation à l’image de Jésus est favorisée par l’encouragement des autres et par la motivation que le groupe apporte.

• Témoignage: un des buts de la cellule sera de stimuler et soutenir chaque membre dans sa vocation de témoin auprès de sa famille, ses collègues, ses voisins ou ses amis et, le moment venu, de les accueillir dans la cellule, les conduire à Jésus et les aider dans leur marche avec lui.

Ainsi, dans une cellule, chacun contribue à la vie et au ministère avec ce qu’il est. Chacun grandit dans la foi et dans une vie de disciple, et chacun participe à faire connaître Jésus. Larry Crabb dans son excellent livre «Connectés les uns aux autres » fait la remarque suivante : «Il se pourrait qu’“être l’Eglise” ce soit de nouer avec quelques personnes des relations différentes. […] J’aspire à voir les gens entrer en connexion les uns avec les autres de façon aussi intime que les différentes parties de mon corps. » Et plus loin : «Nous sommes destinés à entrer en relation avec les autres. La vie se trouve dans la connexion. En entrant en contact avec Dieu, nous recevons la vie. En entrant en contact avec les autres, nous alimentons et expérimentons cette vie grâce à son partage. »

Résumé
L’exhortation de l’apôtre Paul est bien d’actualité quand il dit : «Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, fortifiez-vous.» (1 Cor. 5 : 8).

Deux aspects de notre vie peuvent nous aider à veiller, à demeurer fermes dans la foi et à nous fortifier dans notre marche avec Jésus afin que nous persévérions jusqu’au bout.

• L’établissement et le développement d’une saine discipline de vie personnelle, et

• L’engagement actif dans un petit groupe de partage et de prière,

«C’est pourquoi tenez votre esprit en éveil et ne vous laissez pas distraire : mettez toute votre espérance dans la grâce qui vous sera accordée le jour où Jésus-Christ apparaîtra. » (1 Pi. 1 : 13).

Tag(s) : #ENSEIGNEMENT

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